mardi 6 avril 2010

La traite des noirs au Cameroun

Au Cameroun il y a aussi un mémorial qui rend un hommage respectueux aux ancêtres esclaves qui se sont battus pour préserver leur dignité.

Ce mémorial est un peu le Gorée Camerounais méconnu.
Le village camerounais de Bimbia au bord de l´Atlantique conserve des vestiges de la traite négrière. Depuis sa découverte il y a quelques années, ce site, où les esclaves séjournaient avant d´embarquer, commence timidement à attirer les touristes.

Au Cameroun, la province anglophone du Sud-Ouest conserve encore dans la forêt de Bimbia Bonadikombo, au bord de l´océan Atlantique, des vestiges de la traite négrière.
À 45 minutes en voiture de Douala, on quitte la route bitumée pour une piste en latérite qui se perd dans la forêt. Seuls les véhicules tout terrain peuvent s´y aventurer. Il faut ensuite gravir une falaise escarpée, bordée en contrebas de bambous. L´eau, qui dévale de la montagne, ruisselle parfois au milieu de la piste. Douze kilomètres encore et quelques cases en planches s´offrent à la vue.
Première visite : le Camp Saker, construit en mémoire du missionnaire anglais Alfred Saker, qui s´installa ici en 1845. Dans une pièce, négligemment entassés dans un coin, on peut voir trois petits pots, un cadenas, six bracelets, six clochettes, deux chaînes, une boucle de ceinture et deux pointes pour les scarifications. "Ces objets sont des vestiges de l´esclavage .
Bimbia a en effet été pendant la traite négrière, l´une des stations d´embarquement d´esclaves de la côte ouest-africaine. Ces vestiges ont été découverts en 1987 lors des travaux de terrassement du site sur lequel est implantée l´église dédiée à la mémoire d´Alfred Saker.

Vestiges

On y trouve des vieux ustensiles dont se servaient les marchands d´esclaves. Les clochettes et les bracelets sont encore solides tandis que le cadenas n´est plus qu´une coque vide toute rouillée. Bien qu´en mauvais état et ébréchés, les pots ont résisté au temps. Mais la plus grande curiosité ce sont les lourdes chaînes de quelque deux mètres de long. Le visiteur peut aisément imaginer les atroces souffrances qu´enduraient les personnes enchaînées. On peut alors imaginer le chemin emprunté par les esclaves ainsi entravés. Il mène à la plage. Sur un rocher noir, pointe un canon allemand. Vestige, lui, d´une autre époque, celle de colonisation allemande, avant la Première Guerre mondiale.

Avant le grand voyage

À 200 m dans l´océan, on aperçoit Nicholls Island, une île envahie par la forêt. "C´est là qu´on parquait les esclaves transportés en pirogue, C´était une sorte d´antichambre avant le grand voyage vers l´inconnu. Les esclaves y restaient jusqu´à ce que le bateau qui devait les transporter arrive. Si on y fouille bien, on retrouvera sûrement d´autres objets que les esclaves et leurs maîtres utilisaient." Les esclaves embarqués sur l´île Nicholls étaient ensuite acheminés vers les Amériques. Mais, précise Prince Oscar Etute, actuel chef de la localité, si le bateau n´était pas plein, il faisait escale à Fernando Po (l´actuelle île de Bioko en Guinée-Équatoriale,) ou sur les côtes du Sénégal pour collecter d´autres esclaves.
Seize ans après la découverte de cette nouvelle "route de l´esclave", Bimbia demeure très peu connue. Seuls quelques guides indépendants et agences font la promotion de ce site qui est au Cameroun ce que l´île de Gorée est au Sénégal.
L´Unesco et l´Organisation mondiale du tourisme ont lancé en 1995 à Accra, au Ghana, le programme "Tourisme culturel sur la route de l´esclave" en vue de faire l´inventaire des sites et lieux de mémoire liés à la traite et d´étudier leur réhabilitation et leur valorisation touristique.
Au total, 118 sites ont été inventoriés dans 11 pays africains, dont 10 francophones. Le projet s´attache également à la formation des acteurs du tourisme culturel.

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